Eclairage sur les vitraux archéologiques du chevet de l'église de Tour-en-Bessin

L’église de Tour-en-Bessin (ill.1) est datée du XIIème siècle pour sa nef romane, de la limite des XII-XIIIème siècles pour sa tour et sa flèche, et de la fin du XIVème siècle pour son chœur. Elle fit partie des 934 premiers édifices classés au titre des monuments historiques en 1840. Son chœur gothique, dominant la nef, est éclairé par de très grandes verrières (ill.2). Cinq d'entre elles, refaites dans la seconde moitié du XIXème siècle, accueillent de riches vitraux historiés (ill.3).

 

1ère verrière : Anne et Joachim

La verrière de gauche reprend des scènes de la vie de sainte Anne et saint Joachim, les parents de la Vierge. Certaines connues, comme leur rencontre à la Porte Dorée (ill.4) ou l’éducation de la Vierge (ill.5), d’autres moins connues comme l’Annonce de l’ange à Joachim (ill.6).

2ème verrière : Marie

Logiquement et chronologiquement, cette verrière présente des scènes de la vie de la Vierge elle-même comme la Visitation (ill.7) ou le regroupement des apôtres autour de son tombeau vide (ill.8), mais surtout des scènes où la Vierge fut le témoin de la vie de son fils, fréquemment représentées comme la Crucifixion (ill.9), ou plus rares, comme la transformation de l’eau en vin lors des noces de Cana (ill.10).

3ème verrière : saint Pierre, patron de l’église de Tour-en-Bessin

La verrière centrale, morceau de bravoure par ses cinq lancettes peuplées de scènes de la vie de saint Pierre, permet de revisiter son histoire, de l’appel de Jésus à le suivre à sa mort par crucifiement à Rome. Il est d’abord désigné comme témoin et prétexte à de nombreuses représentations de la vie du Christ (épisodes sur le lac de Tibériade (ill.11), Transfiguration (ill.12), Lavement des pieds (ill.13), Cène (ill.14), …).

Mais après la Résurrection, Pierre suit son propre chemin d’évangélisation. Cette partie de sa vie étant moins connue, sa représentation dans le verre en permet une révision, ponctuée d’apparitions de saint Paul avec notamment la visite du disciple converti pour se faire reconnaitre des apôtres (ill.15), ou l’accolade des deux saints sur le chemin du supplice (ill.16). Les scènes s’échelonnent depuis l’apostolat en Palestine avec saint Jean et la guérison d’un infirme à la Porta Speciosa (ill. 17) à sa mort par crucifiement (ill.18), en passant par la chute de Simon le magicien (ill.19), moins souvent représentée.

Le visiteur peut toutefois s’interroger sur la présence d'une scène qui pourrait évoquer au premier abord le portement de croix de Jésus avant sa Crucifixion (ill. 20). Mais, saint Pierre se cachant pendant tout ce temps, ne rencontre pas Jésus. A quoi cette scène correspond donc ? Dans la verrière, elle suit directement la représentation de saint Pierre délivré de sa cellule par un ange (ill.21) et illustre ainsi un épisode méconnu qui reflète bien le caractère fuyant et bien trempé de l’apôtre : une fois délivré de sa cellule pour la seconde fois, Pierre prend peur devant le supplice évident qui l’attend. Il décide alors de fuir Rome pour retourner en Palestine. Seulement sur son chemin, il rencontre … Jésus portant sa croix ! Il le questionne avec étonnement : « Seigneur, où vas-tu ?» (Domine, quo vadis ?). Jésus lui répond : « A Rome, pour me faire crucifier une seconde fois » (Romam eo iterum crucifigi) ! Peu fier de sa lâcheté, Pierre fait demi-tour, retourne à Rome où il fera partie des persécutés du règne de Néron.

4ème verrière : saint Joseph

Suivant la logique de la deuxième verrière, les scènes de la vie de Joseph, peu souvent mise en avant, nous sont présentées. Il n’y est présent qu'une fois seul, lors de l’Annonce de l’ange (ill.22). Les sept autres scènes le présentent comme protecteur de sa famille (ill.23) ou simplement entouré d’elle (ill.24).

Datation et commande :

Avant de parler de la cinquième et dernière verrière, dont l’iconographie est la plus atypique, il convient d’expliquer au visiteur la raison de la présence de ce riche ensemble. En s’approchant un peu, ou en se munissant d’une paire de jumelles, il pourra apercevoir des armoiries sur chacune des verrières. Elles permettent une datation assez précise de l’ensemble.


La première fourchette de datation est donnée par le blason de Pie IX, pape entre 1846 et 1878 (ill.25), posé à deux reprises sur la verrière centrale.


Puis dans le bas des verrières, sont les armes de deux familles.
D’une part, d'azur, au lion d'argent, armé et lampassé de gueules, couronné d'or, et deux fasces alésées de gueules brochant sur le tout, qui appartiennent à la famille Achard de Vacognes (ill.26).

Et d’autre part, d'or au chevron d'azur accompagné de 3 flambeaux de sable allumés de gueules au chef de gueules, blason de la famille Picot de Vaulogé (ill.27).

Les deux blasons associés témoignent donc d’une alliance entre ces deux familles (ill.28).

Leur histoire fut effectivement liée à 2 reprises. Un premier mariage fût célébré au château de Vaulaville (château de Tour-en-Bessin, ill.29) entre Charles PICOT DE VAULOGE et Marthe-Eugénie-Marie-Antoinette ACHARD DE VACOGNES le 16 août 1848. Mais Marthe-Eugénie-Marie-Antoinette décède à 23 ans en 1852. Charles se remarie en 1857 avec la sœur de cette dernière : Jeanne-Marie-Thérèse ACHARD de VACOGNES dont il n'aura pas d'enfant.

La 5ème verrière : les saints patrons de la famille Picot de Vaulogé

Revenons donc sur la dernière verrière qui sera maintenant plus facile à comprendre. Son iconographie fait se côtoyer huit saints personnages très variés : huit saints patrons de la famille commanditaire. On trouve saint Charles Borromée (ill.30), patron de Charles Picot de Vaulogé ainsi que Marthe (ill.31), patronne de sa 1ère épouse.

On trouve ensuite l’appel de Jacques et Jean par Jésus (ill.32), patrons des fils de Charles, issu de ce 1er mariage : Jean-Charles-Marie (né entre 1848 et 1850) et Jacques-Marie-René (né en 1851).

Puis viennent sainte Jeanne de Chantal (ill.33) et sainte Thérèse d'Avila (ill.34), évoquant la seconde épouse de Charles.

Reste à s’interroger sur la présence de sainte Elisabeth de Hongrie (ill.35), qui pourrait être vue comme un hommage au père de Charles : Henri-Jean-Baptiste-Elisabeth-Charles Picot de Vaulogé. Ou sur celle de saint Louis (ill.36), patron du frère de Charles : Henri-Louis.

Seul saint Vincent-de-Paul (ill. 37) semble n’être le patron d’aucun des membres de la famille. La présence à ses côtés de Louise de Marillac, avec qui il fonda les filles de la Charité, peut être vue comme un rappel de la charité de la grand-mère du commanditaire : Renée-Louise de La Corbière, décédée en 1801.

 

La présence des patronnes de la seconde épouse laissent à penser que la verrière fut offerte à l’occasion de ce mariage ou juste après, soit autour de 1857. Les absences de signature et de datation restent donc frustrantes : stylistiquement, l’ensemble s’ancre parfaitement dans la tradition du vitrail archéologique de la seconde moitié du XIXème siècle, mais il est difficile d’être plus précis sur l’auteur supposé.

 

Armelle Dalibert

 

Source généalogie : http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr;p=charles+alexandre;n=picot+de+vauloge
 

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